Affiche G.Deveche

QUELQUES REALISATIONS DE VITRAUX
POUR LES MONUMENTS HISTORIQUES
NOGENT-SUR-SEINE (Aube) Eglise du XVIème – Les 3 vitraux de l’abside
RODEZ (Aveyron) La cathédrale – 5 verrières de la haute nef
ALBINHAC (Aveyron) Petite église XVème-XVIème – L’ensemble des vitraux
MONTSALVY (Cantal) Eglise XIIème et XIIIème
Tous les vitraux de la nef, du transept nord, abside et absidioles
BARBEZIEUX (Charente) – L’ensemble des 24 vitraux
CONZAC (Charente) Eglise romane – L’ensemble
ROYAN (Charente-Maritime) Eglise Saint-Pierre XIIème – L’ensemble des vitraux
SAINT-MARTIN-DE-RE (Charente-Maritime) – 2 vitraux de l’abside
ILE D’OLERON (Charente-Maritime) Saint-Georges d’Oléron, église romane – L’ensemble
CORNIL (Corrèze) Eglise romane – L’ensemble des vitraux
CONDOM (Gers) Eglise Saint-Pierre (ancienne cathédrale) – Grand ensemble de 7 verrières côté sud
SAINT-GERMAIN-LA-PRADE (Haute-Loire) – L’ensemble des vitraux
LOUPIAN (Hérault) Eglise Sainte-Cécile – L’ensemble des vitraux
MOIRAX (Lot-et-Garonne) Eglise romane – Vitraux de l’abside
LAYRAC (Lot-et-Garonne) Eglise romane – Abside et absidioles
ORCIVAL (Puy-de-Dôme) Basilique Notre-Dame XIème – L’ensemble des vitraux de la crypte
BOURG-LASTIC (Puy de Dôme) Eglise romane – Vitraux de l’abside, transept, rosace et nef
MONTFERMY (Puy-de-Dôme) Eglise romane – L’ensemble des vitraux
LADIGNAC-LE-LONG (Haute-Vienne) Eglise XVIIème – L’ensemble des vitraux
POITIERS (Vienne) Eglise Sainte-Radegonde
2 vitraux gauche et droite de la tribune de grandes orgues
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QUI EST GEORGES DEVECHE!?

Georges Devèche est né à Paris le 27 janvier 1903.
Son grand-père, Alexandre Devèche, arrive de sa Picardie natale en pleine période haussmannienne.
Il crée une petite usine de stuc, matériau fort employé à l’époque, installe ses premiers bureaux à Paris rue de Constantinople avant de faire construire un immeuble de rapport rue Brey, près de l’Etoile, où il vit avec sa famille et y aménage ses bureaux.
Son fils Pierre intègre la Maison de décoration paternelle, se marie, a deux fils, Georges et André, et s’installe à Versailles.
Georges, de santé fragile – il est asthmatique – ne peut faire d’études et rejoint l’affaire familiale où il travaille avec son père et André, son frère cadet, et participe à d’importants ensembles décoratifs. Ils créent du mobilier, dessinent des tapis. On parle du style « Devèche ».
deveche-3Au cours d’un Salon de décoration il rencontre Paule Bouvret, de onze ans son aînée, qui crée des lampes à claustras et des lustres avec une amie, soeur du peintre orientaliste Etienne Dinet.
Il l’épouse en Août 1929 en l’église Saint-Germain des Prés et le couple s’installe à Paris, rue Bonapar te dans le VIe arrondissement.
Leur fille, Monique, naît en 1934. À cette époque, l’oncle et la tante de Paule louent une petite maison au Chêne Rogneux, à Grosrouvre. où ils invitent leurs neveux.
Georges Devèche tombe amoureux du Pays des grenouilles bleues et de la maison, si bien que lorsque le propriétaire veut la vendre, il décide de l’acheter.
Retardée par la guerre, la vente ne se réalisera qu’en 1942. Toutes les vacances se passent à Grosrouvre. La famille y vit le bombardement de 1944, puis la libération.

Les vitraux de l’église de Méré sont signés G. Devèche-Janiaud.
Vers 1956, Georges Devèche fait la connaissance de Francis Chigot, maître verrier à Limoges avec qui il exécutera les vitraux de l’église Ste Radegonde à Poitiers, ceux de l’église Ste Jeanne d’Arc à Limoges, et ceux de l’église de Nouic (87) et de Boussac (87).
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À la mort de Francis Chigot, son atelier ne sera pas repris par un maître verrier, il prendra le nom d’Atelier du Vitrail et sera dirigé par un administrateur.
Georges Devèche, jusqu’à sa mort, en 1974, y travaillera avec les ouvriers verriers de cet atelier.
C’est grâce à deux de ces ouvriers de l’Atelier du Vitrail de Limoges, Messieurs Dessart et Beauvais, qui ont étroitement travaillé avec Georges Devèche et qui ont
bien voulu chercher à la fois dans leur mémoire et dans les archives de l’Atelier, qu’a pu être réalisée l’exposition présentée en l’église de Grosrouvre les 15 et 16 septembre 2007 sous le patronage des « Amis de Grosrouvre ».
Merci à Monsieur Didier Bayle, administrateur actuel de L’Atelier du Vitrail de Limoges, d’avoir bien voulu prêter une grande partie des maquettes exposées.

GEORGES DEVECHE, UN PEINTRE VERRIER

Georges Devèche après avoir été décorateur, peintre cartonnier de tapisseries, a surtout été pendant les vingt dernières années de sa vie, un peintre verrier…
Qu’est-ce qu’un peintre verrier ? C’est l’artiste qui conçoit le vitrail. Il fait d’abord une maquette, souvent une simple ébauche, graphisme à peine esquissé, taches de couleurs. Si l’idée de son projet est acceptée, il va réellement dessiner le vitrail à petite échelle, indiquer les couleurs avec précision.

Mais il n’exécutera pas le vitrail lui-même, il travaille avec un maître verrier, qui est également un artiste. C’est dans l’atelier de ce maître verrier que les vitraux sont exécutés.
Le peintre verrier a besoin du savoir-faire et des outils du maître verrier. Peintre verrier et maître verrier signent tous deux leur oeuvre commune.

Georges Devèche a toujours pris une grande part à l’exécution de ses vitraux :
dessins d’exécution grandeur nature sur calque pour la découpe des verres, choix des verres, peinture sur les verres.
En ce qui concerne les vitraux de Grosrouvre, ils ont été exécutés dans l’atelier André Ripeau. Les vitraux de la chapelle du Couvent Saint Gildard à Nevers qui abrite la châsse de Sainte Bernadette sont également signés Georges Devèche-André Ripeau.

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Lorsque le jeune abbé Bagnol arrive à Grosrouvre en 1947, Georges Devèche sympathise avec lui et c’est ainsi qu’un jour l’abbé propose à l’artiste de créer des vitraux pour l’église sinistrée. Celui-ci accepte avec enthousiasme.
Jusqu’alors, avec son père et son frère André, il avait participé, entre autres, à la décoration du pavillon de l’Algérie à l’exposition coloniale de 1931, puis à celle de la salle des fêtes de la mairie du XIVe arrondissement à Paris, mais, plus indépendant il s’était orienté vers la tapisserie, répondant à de nombreuses demandes du Mobilier national.
En 1943, il reçoit commande de la ville de Paris de la tapisserie qui orne toujours depuis 1946, la salle d’audience du tribunal pour enfants de Paris. Après la réalisation des vitraux de Grosrouvre, de peintre cartonnier de tapisseries, Georges Devèche va devenir peintre verrier.

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Il décède en 1974 et repose au cimetière de Grosrouvre.
Sa fille vient toujours à Grosrouvre avec sa famille dans la petite maison du Chêne Rogneux.

L’HISTOIRE DES VITRAUX DE GROSROUVRE

deveche-7« …Dès qu’il pénètre dans l’église de Grosrouvre en chantier depuis le bombardement*, il y a encore des trous dans la toiture et les gouttières ont disparu, l’Abbé Bagnol** est immédiatement frappé par son ambiance sinistre et sombre en dépit de la lumière qui tombe des vitres ordinaires placées sur les fenêtres. À part les peintures murales qui se trouvent tout au fond au-dessus du baptistère, il constate qu’on ne distingue pratiquement plus rien sur les murs délavés qui ont pris l’eau et sont recouverts de salpêtre. C’est ainsi que lui vient rapidement l’idée de déboucher les fenêtres du choeur et de poser partout des vitraux, assisté dans ses projets par Noël Tynaire et Georges Devèche, un Parisien qui peint des cartons de tapisserie. Pour réaliser une entreprise de cette envergure, il faut bien entendu trouver des fonds, ce qui entraîne l’organisation de grandes kermesses en été lorsque tous les Parisiens sont là.
…Tandis qu’il travaille déjà sur des projets de vitraux pour l’église, Georges Devèche est également sollicité afin de concevoir différents édicules permettant d’abriter une statue de la Vierge sur chaque carrefour de la commune… L’oratoire du Buisson est réalisé le premier en 1953 par les frères Daniel et Roger Moulin assistés du jeune Roger Emond, tous trois ayant posé pour la postérité. Celui des Haizettes est daté de 1954 et porte sur son socle les trois noms associés de Lucien Binet, Georges Devèche et l’Abbé Bagnol…
…Mais revenons aux vitraux et ce qu’en dit Message en juillet 1954 :
Le jour de la Pentecôte, trois nouveaux vitraux ont été bénis. Le choeur de l’église est plus sombre, plus recueilli comme il convient à l’impressionnante présence silencieuse de Dieu.
Dans un an, les trois derniers vitraux viendront donner la définitive atmosphère religieuse de la nef et dissiper l’inévitable malaise d’aujourd’hui dû à la rencontre de deux lumières, celle du jour trop brutale et celle des vitraux tamisée, priante. Merci à Monsieur Devèche, nous le connaissons bien. Merci à MM. Pierre et Louis Totain, ils ne comptent plus les heures passées à l’église où nous les trouvons tard dans la nuit pour que tout soit parfait.
Les neuf vitraux de l’église ont dont été réalisés en trois fois et ceux du choeur ont été posés et bénis au printemps de 1954…
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… Dès le départ, la seule vraie question fut de savoir si l’on ferait seulement de la couleur ou si l’on mettrait un peu de figuratif dans un ensemble voulu de toutes façons « moderne ». Le choix s’est finalement porté sur des dominantes bleues du côté nord qui est aussi celui de l’autel de la Vierge, trois vitraux devant évoquer la vie du saint patron de la paroisse. C’est ainsi qu’à côté de la peinture de l’Agneau Pascal au fond, Saint Martin fend son manteau en deux pour recouvrir un malheureux, qu’entre le banc d’oeuvre et le choeur il convertit le chef des brigands qui
viennent de l’attaquer, tandis que sur le côté nord le nouvel évêque de Tours continue sa vie monastique à Marmoutier.
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La période de la guerre étant encore dans tous les esprits, la fenêtre du banc d’oeuvre accueillera le mot Pax mais le choix des deux vitraux à placer au fond du choeur s’avère un peu plus délicat. L’abbé apprécie les propositions de l’artiste, mais « trouve que l’encensoir est trop systématique », il aurait souhaité que le mouvement « parte d’un feu moins stylisé », autrement dit que l’encensoir soit «moins figuratif, plus expressionniste en quelque sorte ». Le peintre cartonnier oppose alors que le motif est linéaire et qu’il est bien difficile de montrer quelque chose qui ne le soit pas également, c’est finalement lui qui l’emporte. Retenons également que les neuf vitraux réalisés à Grosrouvre n’ont pas été arrondis en haut pour les terminer, Georges Devèche voulant ainsi montrer qu’il ne les a pas fermés.
Au début de 1955, les trois derniers vitraux sont posés comme prévu. »
Extraits du livre de Claire Salvy, Grosrouvre d’un siècle à l’autre, 1999
Le peintre verrier
Georges Devèche
(1903-1974)
créateur des vitraux de Grosrouvre
Georges Devèche est né à Paris le 27 janvier 1903 dans une famille de décorateurs, son grand-père, Alexandre Devèche (1844-1908) étant arrivé à Paris de sa Picardie natale en pleine période haussmanienne. Ce dernier a d’abord créé une petite usine de stuc, matériau fort employé à l’époque, avant de s’associer à 23 ans avec un décorateur ornemaniste de la rue de Constantinople et de faire ainsi fortune, construisant enfin un immeuble de rapport dans la rue Brey, près de l’Etoile, afin d’y transférer son domicile et ses activités en 1882.
La formation de Georges Devèche a donc été assurée dans la maison de décoration familiale par son propre père Pierre Devèche (1877-1941), lequel avait pris la suite d’Alexandre comme décorateur-ensemblier. La maison Devèche est alors devenue, dans l’entre-deux-guerres, un prestigieux lieu de création où s’élaborent à la fois des meubles, des objets, des tapis et de la tapisserie.
Tandis que son frère André gardera toute sa vie l’orientation familiale de décorateur-ensemblier, Georges Devèche va consacrer peu à peu l’essentiel de son activité à la peinture de cartons de tapisserie. C’est ainsi qu’il réalise après la seconde guerre mondiale, à la demande de la Ville de Paris, la fameuse tapisserie monumentale du Jugement dernier, toujours en place depuis 1946 dans la salle d’audience du tribunal pour enfants du Palais de Justice de Paris.
De nature discrète et contemplative, il se trouve que Georges Devècheest aussi profondément croyant. Passant ses dimanches et ses vacances à Grosrouvre avec sa famille, il fait inévitablement connaissance avec André Bagnol (1922-2004), vicaire desservant de cette paroisse, lequel est arrivé au doyenné de Montfort-l’Amaury le 10 août 1947. C’est celui-ci qui va rapidement convaincre son « paroissien parisien » de créer des vitraux pour l’église multiséculaire de Grosrouvre, qui reste complètement dévastée depuis le bombardement allié qui s’est abattu sur la commune le dimanche 13 août 1944 (juste après la messe, au moment de passer à table), alors même que Georges Devèche se trouvait comme d’habitude au Chêne-Rogneux avec sa famille.
Il s’avère que l’élaboration et la réalisation des vitraux de l’église de Grosrouvre vont provoquer chez l’artiste un véritable déclic – le faisant passer de la tapisserie aux vitraux – ce qui l’amène à déployer son goût naturel pour l’architecture en s’écartant définitivement de la rue Brey pour se fondre dans le grand mouvement d’art sacré de l’immédiat après-guerre. C’est en effet le chantier de Grosrouvre (les vitraux, mais aussi l’autel de la Vierge et les deux petits oratoires édifiés sur les principaux carrefours du village) qui transforme de facto le peintre cartonnier reconnu des années cinquante en éminent peintre verrier, s’affairant désormais dans une multitude d’autres églises, romanes ou gothiques, durant les quinze dernières années de sa vie.
Les vitraux de Georges Devèche, qui aime aller contempler pendant de longues heures les verrières de la cathédrale de Chartres, sont ainsi profondément pensés pour créer une atmosphère de prière, comme le sont les musiques d’orgues ou les chants. Il y a donc peu de sujets précis à regarder dans ses vitraux, peu de descriptif, car ce qu’il recherche avant tout, c’est à créer une symphonie de couleurs destinée à toucher l’imagination, la sensibilité, l’être intérieur de chacun.
En ce qui concerne les vitraux de Grosrouvre qui constituent son « banc d’essai » (trois sur les neuf qui lui ont été commandés étant destinés à évoquer Saint Martin de manière figurative, car il est le patron de la paroisse), commençons par les trois vitraux de gauche qui vont de l’autel de la Vierge jusqu’au choeur. Situés du côté nord, là où le soleil ne vient jamais traverser le vitrail, leur lumière à dominante bleue (où se mêlent quelques rouges, mauves et ors) est douce et directe afin de garder le maximum de clarté. C’est de ce côté que se trouve l’un des trois vitraux figuratifs, nous montrant sobrement Saint-Martin devenu évêque de Tours sans pour autant renier son idéal monastique à Marmoutier.
À l’est, là où la lumière du soleil rayonne dès l’aurore, se trouvent les deux verrières du choeur qui ont été repercées après la seconde guerre mondiale, mutilant ainsi les peintures murales, quasiment considérées comme perdues, qu’avait initiées l’Abbé Pascal (1867-1932) avec son ami Dusouchet (1876-1936) à l’issue de la Grande Guerre. Georges Devèche y conserve les mêmes tonalités de bleus mêlées de touches rouges et mauves, tout en glissant dans leur composition deux encensoirs quelque peu linéaires. Chacun de ces vitraux est souligné d’un verset inspiré de psaumes couramment utilisés dans la liturgie : « Terre, chante la gloire du Seigneur » et « Seigneur ! Renouvelle la face de la terre », leur contemplation – de part et d’autre du Christ monumental installé par l’Abbé Pascal – étant à l’évidence destinée à susciter la prière.
Du côté sud, là où le soleil et l’ombre jouent à tout moment à l’intérieur de l’église, se trouvent les quatre derniers vitraux (dont deux destinés à relater la vie de Saint Martin, l’un nous le montrant convertissant le chef des brigands qui viennent de l’attaquer, et l’autre en train de couper son manteau en deux pour couvrir un malheureux). Figuratifs ou non, ces quatre vitraux particulièrement lumineux apportent une lumière chatoyante due à la richesse de leurs couleurs, où ce sont maintenant les tons rouges et or qui dominent. Notons aussi que vitrail situé au-dessus du banc d’oeuvre s’orne d’un motif rayonnant au centre duquel figure le mot « Pax », la période de la guerre restant en effet bien présente dans tous les esprits.
Il convient encore de noter que parmi les innombrables vitraux de Georges Devèche postérieurs à ceux de Grosrouvre, le vitrail qui se trouve du côté de l’autel de la Vierge frappe, chaque fois que c’est possible, par la profondeur de sa coloration qui semble incrustée de pierreries, « symbolisant l’annonce biblique de Celle qui était de tous temps destinée à sa mission royale d’enfanter le fils de Dieu ».
« Je voudrais que le sanctuaire soit resplendissant » disait notamment Georges Devèche à propos des vitraux de l’église de Barbezieux. Ce qu’il voulait aussi, c’était un programme ambitieux, peu figuratif mais vivant et harmonieux. C’est ainsi que pour chacun des lieux où il est sollicité, il étudie soigneusement l’ensemble des verrières à réaliser afin que l’église n’en ressorte pas assombrie, bien au contraire, cherchant à harmoniser entre eux des tons très riches et souvent très foncés, le tout se voulant un poème de couleur et de lumière à la gloire du Seigneur, dans une église rénovée, jeune et belle ! – Comment ne pas penser alors à l’Abbé Pascal qui parlait de son église de Grosrouvre comme d’une épouse ? – Psaumes, chants sacrés à la gloire de Dieu, telle est la ligne suivie pour insinuer plus que pour représenter. C’est tout l’émerveillement des vitraux du Moyen-Âge que GEORGES DEVECHE tente de retrouver, par leur aspect de ruissellement coloré, mais vus par nos yeux d’aujourd’hui, plus sensibles au seul jeu des couleurs et des effets d’ensemble. C’est aussi par le morcellement des pièces de verre que s’opère cette harmonisation. Chaque baie en comprend des centaines dont les coloris se fondent, se mélangent, se dégradent en souplesse, ou se choquent tour à tour, afin de créer pour chacune des fenêtres une composition vibrante dans laquelle toutes les heures du jour apporteront leur mystère évocateur.
Ainsi la liturgie, la musique et les voix doivent-elles constituer un tout avec le décor des vitraux.
Les coloris de Georges Devèche déploient ainsi toutes les gammes de bleu et d’or qui se marient parfaitement aux tons clairs ou profonds des autres couleurs. Mais ce sont surtout l’abside et le côté sud qui doivent à toute heure du jour charmer le coeur, le regard et l’esprit. Comme en disserteraient les experts du Moyen-Âge, découvrez dans les vitraux Devèche les rubis et les topazes, les émeraudes et les turquoises, les améthystes et les saphirs, mais aussi, pour les mettre en valeur, les feuilles mortes, les blancs purs et les « contrastés ». Avec quelques rayons de soleil, cette symphonie se déploie en effet comme de vivantes et magnifiques tapisseries dans les embrasures, sur les murs et sur les dallages. Et s’il vous est déjà arrivé de vibrer en écoutant un chant de Noël ou la touche rapide et légère d’une musique sacrée, le scintillement de ces vitraux devrait vous apporter la même plénitude et le même plaisir. De même, si vous faites un tour à la tombée du jour dans certaines des églises traitées par Georges Devèche, laissez-vous prendre par la profondeur de ton que ses vitraux dégagent alors inévitablement.
Il convient néanmoins de souligner au passage l’aptitude de Georges Devèche à respecter chaque fois que nécessaire la sobriété de certains des édifices qui lui ont été confiés, lui faisant alors adopter un graphisme et des coloris proches des vitraux cisterciens. En effet, conformément à la Règle de Saint Bernard qui interdit aux moines de décorer leurs églises de vitraux peints et de couleurs, la réfection des grisailles de certains édifices nécessite une grande économie de moyens, tout en multipliant les effets ornementaux à partir d’entrelacs et de motifs géométriques ou végétaux enserrés dans leurs résilles de plombs.
Les exemples les plus emblématiques des créations de Georges Devèche d’inspiration cistercienne sont ainsi l’église Saint-Bernard de Montsalvy dans le Cantal (XI° siècle), l’église Notre-Dame de Moirax dans le Lot-et-Garonne (XI° et XII° siècles), et l’église Sainte-Cécile de Loupian dans l’Hérault (gothique languedocien du XIV°).
L’Atelier du Vitrail de Limoges (qui signe A.V.L.), a réalisé la plupart des chefs d’oeuvre du peintre verrier Georges Devèche à partir des maquettes et des cartons de celui-ci, lui-même n’hésitant jamais à mettre la main à la pâte aux côtés de l’ouvrier verrier. C’est donc tout simplement la localisation géographique de cet atelier (dirigé par un administrateur et non par un maître verrier), qui explique la concentration marquée des vitraux de Georges Devèche dans le centre et le sud-ouest de la France.
Quelques écrits de Georges Devèche (pour l’église Saint-Mathias de Barbezieux en 1970)
« J’ai beaucoup travaillé pour composer le choeur ; les dessins à la grandeur d’exécution, et tout le numérotage des colorations sur chaque pièce, ainsi que la recherche et l’indication des plombs de différente grosseur, ce qui contribue grandement à faire chanter le graphisme. Actuellement [le 28 mai 1970], toutes les pièces de verre sont coupées, environ dix mille, simplement pour le choeur ; il reste à faire le montage en plomb.
Au travers des yeux et des voix, j’espère aussi un regard de Celui qui est au-delà ! Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, le sens du sacré est sans doute le levier qui allège le poids de l’effort et qui nous aide tant !
J’essaie de situer tant bien que mal l’état d’esprit qui est le mien pour réaliser ce grand travail : c’est encore et ce sera toute ma vie une immense joie d’avoir pu m’exprimer dans la couleur et la lumière dans votre belle église ».
Selon les termes d’une petite brochure diffusée à Barbezieux, « Georges Devèche a regagné la Vraie Lumière [à Paris] le 10 décembre 1974. Il est en Dieu Qu’il a servi de tout son être et Qu’il a voulu glorifier par ses merveilleux vitraux ». Et c’est au cimetière de Grosrouvre qu’il repose modestement avec son épouse Paule, non loin de la famille Tinayre.
L’art du vitrail n’existant que dans la relation du verre et de la lumière, nous pouvons terminer – sans grand risque de nous tromper – en soulignant à quel point le peintre verrier Georges Devèche fut dans la dernière période de sa vie un authentique « passeur de lumière ».
Des joyaux
des pierres précieuses
musique des couleurs
de l’aurore à midi
crépuscule flamboyant
d’or et de feu
Claire SALVY
auteur de Grosrouvre d’un siècle à l’autre, 1999
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