L’Abbé PASCAL
1867 – 1932

André Pascal est né le 10 juin 1867 à Vourzac, hameau de Sanssac-l’Église (Haute-Loire) où son père est propriétaire-exploitant et maire de la commune. L’enfant fréquente d’abord l’assemblée du village où une béate lui enseigne les premiers rudiments de calcul et d’écriture, avant de devenir pensionnaire au petit séminaire de la Chartreuse et d’être ordonné au Puy le 30 mai 1893 à l’âge de 26 ans. C’est alors qu’il devient professeur à la Chartreuse, sans doute d’art religieux et dessin, tout en remplissant des fonctions de surveillant.
En 1897, il a 30 ans lorsqu’il monte à Paris suivre les cours de l’école du Louvre, il loge à cette époque au 24 rue Bonaparte. Sa thèse fort remarquée sur un compatriote vellave Pierre Julien sculpteur (1731-1804) est publiée en 1904 à Paris chez Albert Fontemoing, mais imprimée au Puy par Marchessou. C’est un ouvrage très documenté, illustré de photos prises par l’auteur à Rambouillet, puisque la Laiterie de la Reine est l’oeuvre majeure de Pierre Julien.
Le lauréat rentre alors dans son Velay natal où il est admis le 4 février 1904 au sein de la société d’Agriculture de la Haute-Loire, il vient en effet d’acheter sur adjudication à Chadenac, sur la commune de Ceyssac, un grand domaine agricole congréganiste où les Frères ouvriers de Saint François Régis tenaient un orphelinat d’apprentissage des métiers agricoles avant d’en être expulsés en juillet 1903. Assisté par des salariés, l’Abbé Pascal y déploie des talents d’agronome épris de progrès et complète la ferme-modèle existante par une laiterie centrifugeuse moderne. Il continue à peindre et à exposer tout en préparant des publications sur les fondeurs de cloches de Chadenac et de Sanssac ainsi que sur les artistes locaux, tandis qu’il se chuchote dans le pays que ce prêtre sans ministère passe pour une brebis galeuse auprès de ses confrères et des autorités diocésaines. L’évêque malade et âgé ayant démissionné après avoir été chassé de son palais épiscopal, l’Abbé Pascal est sans doute convoqué par son successeur installé en 1907 et probablement mis en demeure de choisir rapidement entre les obligations de son sacerdoce et ses multiples activités agricoles et artistiques. Comme il a gardé d’excellentes relations au Louvre et sans nul doute entendu parler de l’École de Rambouillet, ce n’est pas par hasard qu’il demande à venir exercer dans le diocèse de Versailles. Il se retrouve ainsi vicaire à Chaville dès le 17 avril 1908 et vient d’avoir 42 ans lorsqu’il est nommé le 5 août 1909 curé desservant de Grosrouvre. Il y fait aussitôt transporter son imposante bibliothèque, sa collection estampes, son chevalet et ses pinceaux.

En 1913, son cher et unique neveu Félix Pascal a été admis à l’Institut National Agronomique de Paris, rue Claude Bernard, afin d’y préparer son diplôme d’ingénieur agronome et de lui succéder à Chadenac, mais comme tant d’autres il est mobilisé en 1914 et tombe sur le front de la Somme le 10 octobre 1916. L’Abbé fait face à ce drame familial, compte et recompte les morts de la paroisse dont il fait graver les 37 noms sur deux grandes plaques scellées sous le clocher, s’implique dans le projet de monument aux morts dont la paysanne en deuil est si semblable à la mère de Félix et apporte à chaque rapatriement de dépouilles de soldats au cimetière de Grosrouvre un soin et une dignité exemplaires.
Comme il lui faut des raisons de continuer à vivre et en donner à ses paroissiens, l’Abbé imagine en outre d’embellir son église en la parant de grandes peintures murales résumant les étapes de la vie chrétienne et les travaux champêtre de la population de Grosrouvre. Il en confie l’exécution au peintre versaillais Pierre-Léon Dusouchet (1876-1936) et en réalise lui-même une partie, l’ensemble n’est terminé que dans les premiers mois de 1926.
Décédé subitement au matin du 2 juillet 1932 à l’âge de 65 ans, l’Abbé Pascal est ramené en Haute-Loire où il est inhumé au cimetière de Bains dans le caveau familial qu’il a lui-même conçu pour accueillir la dépouille de son neveu. Une grande plaque en bronze orné d’un médaillon rappelle sa mémoire dans l’église de Grosrouvre qui fut le cadre de son seul ministère effectif et qu’il a aimée « comme son épouse » pendant près de 23 ans.

Claire Salvy, Grosrouvre d’un siècle à l’autre, p. 80-81.

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