
Gabriel MOUREY (1865-1943)
Romancier, poète, auteur dramatique et critique d’art.
Il a fait construire la villa « Champ Moulin » en 1930 à Grosrouvre.
Gabriel Mourey est né le 23 septembre 1865 à Marseille, fils de Louis-Félix Mourey, droguiste, et d’Amélie-Madeleine Roche-Latilla.
Il commence à dix-sept ans une carrière de poète avec le recueil Voix éparses (1883) publié à la Librairie des bibliophiles chez Jules Rouam (Paris). En mars 1884, il lance Mireille, revue des poètes marseillais, avec Raoul Russel, qui compte huit livraisons.
Pour l’éditeur parisien Camille Dalou, il publie sa première traduction de l’anglais, les Poésies complètes de Edgar Allan Poe (1889) avec une préface de Joséphin Péladan ; il traduira ensuite des poèmes d’Algernon Charles Swinburne. Dès lors, le poète se rapproche du courant symboliste et se lie d’amitié avec Claude Debussy, et rencontre dans la Librairie de l’art indépendant d’Edmond Bailly, le « maître du rêve » Stéphane Mallarmé dont il fréquente les « mardis de la rue de Rome ». L’année suivante, il publie son premier essai de critique d’art, Les Arts de la vie et le règne de la laideur chez Paul Ollendorff, un essai assez réactionnaire qui dénonce l’impressionnisme, les dérives réalistes ou naturalistes de la peinture et qui se range plutôt du côté de William Morris, du courant préraphaélite et de John Ruskin, et où il affirme que « c’est l’esprit d’anarchisme qui règne en France dans le mouvement artistique […], un besoin de destruction, une sorte de délire qui veut abolir tout ce qui existe. ». Mourey se montrera au cours des décennies suivantes beaucoup plus ouvert ; chargé de mission par le ministère des Beaux-Arts à partir de 1895, il servira de lien entre les arts décoratifs émergents anglais, italiens, russes, et Paris, puis saluera l’avènement du style art nouveau, écrira pour les catalogues de la maison Bing et de la Maison moderne, défendra Albert Besnard, Felix Borchardt, Auguste Rodin, Edmond Aman-Jean, Edgar Chahine, etc.
Au fond, cet écrivain polyvalent « fait figure de promoteur, dans l’hexagone, des Préraphaélites et du mouvement Arts and Crafts. Érigeant ce dernier comme modèle, avec une tendance à idéaliser sa supposée réussite, Mourey milite pour un art à vocation sociale […]. Partisan, comme nombre de ses contemporains, d’un art pour tous, ses idées trouvent l’un de leurs prolongements en 1904-1905 dans l’éphémère revue Les Arts de la Vie, qu’il crée et dirige [chez Larousse]. Il y évoque ainsi cette « faillite de l’art décoratif moderne » en France, pour une production qu’il considère comme élitiste, n’ayant pas pu faire preuve d’une réelle entente entre artistes et fabricants, à la différence, selon lui, des réalisations anglaises ou allemandes ».
Entre 1888 et 1905, il entretient une correspondance suivie avec Jean Lorrain, où les deux hommes se montrent parfois d’une cruauté effroyable envers leurs contemporains.
À partir de 1891, il veut devenir dramaturge avec Lawn-tennis, une pièce en un acte créée au Théâtre Antoine, puis en 1893, il écrit avec Paul Adam, toujours pour la scène, L’Automne, un drame en trois actes, qui est interdit par la censure le 3 février, et qui donne lieu à une séance houleuse à la Chambre des députés le 6 mars 1893 avec une intervention de Maurice Barrès : celui-ci, député de Nancy, s’oppose alors à Charles Dupuy, ministre de l’Intérieur, qui demandait à retrancher du texte tout ce qui rappelle la fusillade du Brûlé à Ricamarie : en 1869, dans le bassin houiller de Saint-Étienne, la troupe avait tiré sur les grévistes. Avec Armand Dayot, il attire l’attention sur l’école anglaise de peinture du XVIIIe siècle, alors en partie oubliée.
En 1900, il fonde la Société nouvelle de peintres et de sculpteurs avec des artistes français, allemands et anglais, et qu’il préside jusqu’en 1907 ; le siège parisien est à la galerie de Georges Petit.
En 1913, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur, sous le parrainage de Charles Plumet.
Après-guerre, il devient inspecteur des musées nationaux.
Au cours de sa carrière de critique, Gabriel Mourey a écrit pour de nombreux journaux, tels le Gil Blas, Le Journal (1911), The Studio, la Revue encyclopédique, L’Illustration, la Revue de Paris… Il a été rédacteur en chef de la revue Art et décoration.
L’une de ses traductions qui eut le plus de succès fut Le Livre du thé de Okakura Kakuzō.
Il est mort le 10 février 1943 à Neuilly-sur-Seine, enterré à Grosrouvre en A21.